samedi 24 septembre 2016

Yeni Istanbul gezi kitabı: Yazar Bülent Demirdurak,Editör Aksel Köseoğlu, GiTa Yayınları

Bülent Demirdurak’in yazdığı, Editörlüğünü Aksel Köseoğlu’nun yaptığı Istanbul gezi kitabı GiTa Yayınlarından çıktı
Gitakitap.com ve Kitapcılarda gelecek hafta…

Türkçesi

 Okurum, Gezerim, Yazarım...
 Simgeler tapınağı Ayasofya’dan Topkapı Sarayı’na,
Sultanahmet Camii’nden, Süleymaniye Camii’ne,
Divanyolu’ndan Aksaray’a,
Şehzadebaşı’ndan Çarşamba’ya,
Unkapanı’ndan Kocamustafapaşa’ya,
Kariye’den Eminönü’ne,
Taksim’den Tünel’e
İstanbul Boğazı’ndan, Prens Adaları’na

ADIM ADIM İSTANBUL
Her satırı yaşandıktan sonra yazılmıştır.
Yuvarlak Dünyanın Köşeleri serisi ile 40 yılı aşkın meslek deneyiminde, 100’den fazla ülkeye seyahat eden Bülent Demirdurak’ın gezi rotalarını sizlerle buluşturuyoruz.
Şehri duyarak, koklayarak, görerek ve hissederek yaşamanız için, kitabınız, rehberiniz... 
 
Ingilizcesi


samedi 17 septembre 2016

Mathias Enard. Boussole ou la flèche pointée vers l’est

Article de Gisèle Durero-Koseoglu

BOUSSOLE : le titre de ce roman de Mathias Enard qui a remporté le Prix Goncourt 2015 peut sembler a priori énigmatique. Pourtant, on en découvre le sens au fil des pages : la boussole, à l’origine, était  celle de Beethoven, « un compas de poche, rond,  avec un couvercle »   ; le narrateur en possède une copie, qui lui a été offerte par la femme aimée.



La particularité de cette imitation ? Elle « pointe vers l’est et non pas vers le nord » ; il s’agit d’une boussole qui « pointe vers l’Orient ».

Un Orient qui est aussi une métonymie de Sarah, une orientaliste, aimée, perdue, retrouvée, reperdue, celle qui a repoussé Franz Ritter, le narrateur, une nuit à l’hôtel Baron d’Alep  puis a épousé Nedim, un joueur de luth syrien ; qui a passé une nuit avec lui en Iran puis s’est enfuie au matin, rappelée en France par un douloureux télégramme ; celle dont Franz guette les mails en suivant « la boussole de son obsession »…

C’est que ce roman baroque traite de trois grands sujets, la musicologie, l’Orientalisme et la nostalgie amoureuse, à travers le monologue intérieur du narrateur, malade, qui remue ses souvenirs, une nuit d’opium, entre 23h10 et 6 heures du matin.

Musicologue vivant à Vienne, la « porte de l’Orient », Franz Ritter évoque la mémoire de nombreux artistes et écrivains  européens ayant entretenu un rapport réel ou fantasmé avec l’Orient : des musiciens, comme Mozart, Beethoven, Mahler, Schubert, Donizetti, Liszt, Wagner, Bizet, Halevy, Berlioz ; des écrivains, Lamartine, Balzac, Flaubert, Rimbaud, Germain Nouveau, Gobineau, Musil, Pessoa, Nietzsche ; des artistes comme Courbet peignant le tableau « L’Origine du monde » pour l’Ottoman Halil Pacha ; des orientaliste célèbres comme Von Hammer, qui revêt une importance capitale dans le roman, non seulement parce qu’il a fait surmonter la porte de son château d’une inscription en arabe représentant le nom de Dieu mais aussi parce c’est lors d’un colloque situé dans sa maison-musée que le narrateur rencontre celle qui incarne pour lui « l’idéal de la beauté féminine »…

Un roman foisonnant et mélancolique, la marque de Mathias Enard.

N’en déplaise à certains qui déplorent l’avalanche d’érudition évoquant parfois – n’est-ce pas un peu vrai ? Ce roman, qui n’est pas d’une lecture facile, est réservé aux « happy few » - une thèse de Doctorat, en ce qui me concerne, j’adore les livres de Mathias Enard. Cette constatation l’emporte sur tous les arguments, inutile d’épiloguer.



Ce que j’attends d’un livre, c’est qu’il me passionne, que je dévore les pages et que je voie se profiler la dernière avec regret. Pour moi, Boussole a accompli cette mission.

Un étrange népenthès, dont il est souvent question dans le récit…

samedi 13 août 2016

Mathias Enard. L’Alcool et la Nostalgie ou les affres du Transsibérien

Article de Gisèle Durero-Koseoglu

Décidément, un roman de Mathias Enard est un philtre dont on a du mal à se départir. Les phrases vous poursuivent longtemps après les avoir quittées.
Sa prose fonctionne comme une drogue. Une page, deux pages, et vous voilà accro, prêt à l’overdose.

En ce qui me concerne, je ne me livrerai pas à des conjonctures pour savoir si Mathias Enard est le plus grand romancier français actuel, je ne dirai qu’une phrase : j’adore son œuvre, ses sujets et son écriture… A tel point que je relis le livre sitôt que j’en ai achevé la lecture (cet article est écrit après la première, il sera sans doute modifié après la deuxième) …

Une des raisons de la magie opérée par les romans d’Enard est peut-être qu’il s'approprie à tel point la littérature qu’il nous fait savourer, au détour des pages, le plaisir de la réminiscence littéraire.



Comme le roman Zone pouvait passer pour une réécriture du célèbre « Zone » de Guillaume Apollinaire, L’Alcool et la Nostalgie semble être une réécriture de « La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France », de Blaise Cendrars, avec des citations :

 « Je voudrais n’avoir jamais fait mes voyages
Ce soir un grand amour me tourmente
Et malgré moi je pense à la petite Jehanne de France… »

Ou avec des emprunts : « Moscou, la ville des mille et trois
Clochers et des sept gares »…

Le sujet : Le narrateur, Mathias, est réveillé en pleine nuit par un coup de fil de Jeanne, qui lui apprend la mort de leur ami commun, Vladimir. Il décide alors de se rendre en Russie pour ramener en train le corps de Vladimir jusqu’à son village natal, près de Novossibirsk.

Ce voyage de six étapes dans le Transsibérien (rappelons qu’en 2010, pour l’année France-Russie, 16 écrivains français, dont Mathias Enard, ont effectué ce voyage de 9300 kilomètres) est l’occasion pour le narrateur d’évoquer son passé et de dialoguer avec le mort, à qui l’unit un étrange tissage d’amitié et de haine. Car Vladimir n’est autre que celui qui lui a volé Jeanne, la femme aimée. Notons que l’on pourrait étudier le thème du voyage en train chez Enard, qui, disciple de Michel Butor, en fait, comme dans Zone, épopée entre Milan et Rome, le cadre privilégié du monologue intérieur…

Et Enard d’évoquer les affres de cet amour à trois, aux protagonistes emboîtés les uns dans les autres « comme des poupées russes », des « matriochki ». L’amour est sombre et masochiste chez Enard ; ce serait le seul reproche que je lui adresserais. Il donne un peu trop dans les airs de chien battu, que diable !  Il est vrai cependant qu’on se délecte de la façon dont il exprime son dépit...



 Mathias Enard lors de la remise du Prix Goncourt pour Boussole en 2015

Dans ces 88 pages à la première personne (un avertissement au lecteur précise que le roman est « l’adaptation plus ou moins fidèle d’une fiction radiophonique écrite dans le Transsibérien entre Moscou et Novossibirsk »), on se vautre aussi avec volupté dans les références littéraires. Gorki, Essenine, Kerouac, Conrad, Dostoïevski, Mandelstam, Pouchkine, Shelley, Carver, Kessel ou Nabokov font partie de ce voyage où l’on noie son chagrin dans la vodka et les stupéfiants, jusqu'à la mort.

Et l’on se délecte sans retenue de la -tristesse majestueuse- du narrateur, bercé par le bruit des roues qui lui « dégouline des oreilles comme l’huile sainte d’une icône »…

vendredi 1 juillet 2016

Hans Fallada. Seul dans Berlin (1946) ou l’héroïsme d’un quidam face à la barbarie

Article de Gisèle Durero-Koseoglu
Je ne connaissais pas encore ce roman que Primo Lévi avait pourtant désigné comme « le plus beau livre sur la résistance au Nazisme ». Mais  je dois dire que sa lecture fut une expérience de choc.



En 1933, l’écrivain allemand Hans Fallada, qui a emprunté son pseudonyme à un personnage des Frères Grimm et a déjà atteint la notoriété, après  une incarcération de quelques jours due à des propos contre le pouvoir, décide de se faire oublier en se consacrant aux ouvrages de distraction. Mais cela ne l’empêche pas d’écrire en 1946, Le Buveur, roman autobiographique et surtout Seul dans Berlin, avant de mourir subitement d’une crise cardiaque l’année suivante.



Personnellement, vu la maîtrise dans la construction du récit, la finesse de l’analyse psychologique et le compte-rendu des faits politiques,  j’ai  bien du mal à croire qu’un tel chef-d’œuvre de 760 pages en édition Folio ait pu être « écrit en 24 jours en 1946 » comme l’indiquent certains sites Internet. Mon sentiment est que l’auteur l’a plutôt élaboré en secret pendant toute la période de la guerre, en s’inspirant de l’atmosphère délétère du quotidien, pour procéder à une dernière mise en forme en 24 jours en 1946. Mais il est vrai aussi que le sentiment d’urgence pousse parfois le talent au-delà des limites du possible…

Car Hans Fallada y décrit avec un hyperréalisme douloureux les procédés employés par la dictature pour asseoir son pouvoir : terreur exercée par les affiliés au régime sur leurs voisins qu’ils espionnent, tortures, procès iniques, exécutions sommaires. Ce que le héros du roman Otto Quangel, vieil ouvrier fatigué par le labeur, résume en une phrase : « Vous savez très bien que…  le criminel est libre mais que l’homme convenable est condamné à mort ».

Le sujet : l’ouvrier Otto Quangel, dont le fils a perdu la vie au front décide, en 1941, d’entrer en résistance en déposant clandestinement dans  les halls d’immeubles des cartes postales dénonçant la politique d’Hitler. Sa femme, Anna, le cœur brisé par la perte de son fils, le soutient et l’aide dans son action.  Les policiers du régime vont déployer tous les moyens pour démasquer le coupable ; car c’est leur propre  survie qui est en jeu s’ils ne réussissent pas leur mission. En effet, dans une infernale chaîne, chaque maillon de la hiérarchie persécute son subordonné et se fait lui-même anéantir par son supérieur.




Au début, personne ne pourrait soupçonner qu’Otto Quangel, contremaître bourru et taciturne soit le trouble-fête recherché par toutes les polices de Berlin. Mais après l’arrestation du couple Quangel, tous ceux et celles qui les ont approchés sont impitoyablement conduits à la mort. Dans un avertissement au lecteur, Hans Fallada explique qu’il s’inspire de faits réels  et que ça ne lui a pas plu «  de dresser un tableau si sombre »  mais que « plus de lumière aurait signifié mentir ».

La lecture de ce roman fait mal car on se demande à chaque page comment les hommes peuvent perdre leur esprit critique au point de s’avilir dans de telles compromissions ou cruautés pour conserver un privilège, fût-il minime. La dignité et l’honnêteté d’Otto Quangel, a priori «  homme ordinaire »  sont telles qu’elles finissent par susciter le doute voire l’admiration chez certains de ses bourreaux.

Un roman terrible, d’une portée universelle car il effectue la vivisection d’un cauchemar politique ; il dévoile les rouages, la férocité et la face cachée de la dictature qui ne se contente pas d’éliminer ses opposants mais finit par anéantir ses propres partisans.

Un roman aussi sur le courage de tous ces « héros anonymes », qui, au fil de l’Histoire, ont tenté, dans les ténèbres, de sauvegarder  l’humanisme.



Vous pouvez aussi lire mon blog : Gisèle, écrivaine d'Istanbul
http://gisele.ecrivain.istanbul.over-blog.com/